David, entrain d’expliquer au public le nourrissage des manchots de Humboldt.

Dans les coulisses du Parc zoologique de Paris avec David, médiateur pédagogique

Wakou parraine Lena et ses 3 petits lynx, nés au printemps 2017 au Parc zoologique de Paris.
Toute une équipe se relaie autour des animaux du parc pour leur assurer soins et bien-être et accueillir le public.
À cette occasion, nous avons rencontré David, médiateur culturel et scientifique, afin de mieux connaître son métier.

David est un ancien soigneur. Il s’occupe maintenant des animations pédagogiques dans le parc. Enfant, il souhaitait travailler auprès des animaux, mais il n’existait que le métier de vétérinaire. Il s’est alors tourné du côté de l’animation, pour développer son côté artistique. Ensuite, il s’est formé au métier de soigneur, grâce à une formation par correspondance qui lui a permis de faire des stages et de se former sur le tas. Il a été engagé à la ménagerie du Jardin des Plantes qui dépend, comme le parc zoologique, du Muséum d’histoire naturelle. Il fait maintenant la synthèse entre ses deux formations d’animateur et de soigneur en étant médiateur pédagogique et culturel !

En quoi consiste le métier de médiateur pédagogique et culturel ?

À l’époque où j’étais soigneur, ce que j’aimais par-dessus tout, c’était diffuser mes connaissances au public. J’aimais faire les animations, m’adresser aux gens, faire de la vulgarisation scientifique. D’autant plus que je travaillais à la ménagerie du Jardin des Plantes, qui fait partie, comme le parc zoologique, du Muséum, dont l’une des missions est de diffuser, de transmettre l’information.
Quand le parc zoologique a réouvert ses portes, en 2014, j’ai postulé sur un poste vacant de médiateur et j’ai eu la chance d’être pris.
Aujourd’hui, je suis donc médiateur culturel et scientifique : j’ai en charge, avec mes deux autres collègues, tout ce qui relève de l’animation pédagogique grand public et gratuite sur le parc. Tous les jours, on a les nourrissages des animaux aux côtés des soigneurs.
La densité des animations évolue selon les saisons : on fait jusqu’à 20 animations par jour en été ! En automne, nous en faisons entre 6 et 8 par jour.
Il y aussi des animations que l’on fait en binôme avec les soigneurs, par exemple pour le nourrissage des otaries ou des pumas. Cette interaction permet que ce soit plus riche au niveau du contenu et des échanges avec le public.
Nous mettons aussi en place des animations évènementielles : les Rendez-vous sauvages !

Pouvez-vous nous expliquer ces Rendez-vous sauvages ?

Le temps d’un week-end, on fait un focus sur une espèce, que l’on met à l’honneur. On a fait les loups, les lamantins. Là, nous sommes en train de préparer les Rendez-vous avec les loutres !
Le principe est le même, quelle que soit l’espèce animale : on fait venir des experts pour nous en parler, on construit des activités ludiques et pédagogiques pour vulgariser nos connaissances et on met en avant la protection de l’espèce.
Pour la loutre, on va mettre en avant le plan national d’action mis en place par l’État en France pour protéger l’environnement et permettre la réhabilitation de certains endroits, afin que les loutres reviennent dans leur milieu naturel. Cela marche très bien. Ainsi, en Bretagne, des loutres se sont réinstallées dans leur milieu.
On va aussi faire découvrir la loutre, qui bénéficie déjà d’un capital de sympathie auprès du public. On a choisi cet animal pour mettre en avant la faune sauvage de France, que l’on oublie parfois au bénéfice des animaux sauvages plus exotiques.
L’an dernier, on avait mis en avant la biodiversité locale, grâce à l’évènement « apprenti-explorateur » : l’objectif était de faire découvrir ou redécouvrir les espèces qui vivent dans notre environnement proche, mais que l’on connaît peu : insectes, amphibiens, reptiles, etc.Pour ses animations auprès des enfants, David emprunte des objets naturalistes au Muséum d’histoire naturelle.

Quand vous faites une animation où vous êtes en interaction avec les soigneurs, comment cela se passe ?

Prenons l’exemple de l’animation avec le puma. Les soigneurs font entrer les pumas à l’intérieur du bâtiment, car soigneurs et félins ne restent pas ensemble dans l’enclos, ce serait trop dangereux, ils n’ont pas de contact direct. Pendant ce temps, je présente cette espèce de félin au public.
Une fois les félins entrés, les soigneurs sortent dans l’enclos extérieur et viennent poser « l’enrichissement », tout en expliquant ce que c’est.
Puis le soigneur repart, je prends le relais pour compléter ou répondre aux questions, le temps que les pumas sortent et découvrent l’enrichissement.
Cette façon de faire permet d’avoir une animation plus riche, en deux temps. Le public a la possibilité d’interagir avec deux personnes et, surtout, il faut le reconnaître, l’aura des soigneurs permet de bien faire passer les messages.

Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est, « l’enrichissement » ?

C’est une méthode qui vient enrichir le quotidien de l’animal pour éviter qu’il s’ennuie. Le but est de pimenter le quotidien de l’animal en lui proposant des petites activités ludiques.
On peut lui proposer de la nourriture, forcément ça marche bien. Mais dans ce cas-là, on cachera la nourriture, on la rendra moins accessible, on la placera en hauteur, dans un arbre… Le but, c’est que l’animal utilise toute sa palette comportementale.
Le puma est un animal très agile, qui peut bondir, marcher dans la neige, grimper dans un arbre. En accrochant des morceaux de nourriture à de grosses chaînes en haut d’un arbre, le soigneur stimule ses cinq sens et l’ensemble de ses comportements.
L’enrichissement, cela peut aussi être juste des odeurs : si on dépose de la cannelle sur le sol, du miel sur un rocher, ça va stimuler le sens olfactif de l’animal.
Quand on a tondu les alpagas, au printemps, on a donné la laine aux carnivores et ils étaient fous : ils se roulaient dedans !
Le but de l’enrichissement est donc de stimuler l’animal pour le maintenir en éveil et casser la monotonie du parc.
C’est intéressant pour l’animal et c’est plus intéressant pour le public de voir les vraies capacités de l’animal en action.

Comment faites-vous pour créer de nouvelles animations, pour inventer de nouveaux Rendez-vous sauvages ?

On travail en équipes et on change aussi d’espèce : l’an prochain, on va faire les otaries et les grands carnivores européens. On va créer des contenus et de nouvelles animations, notamment au moment des vacances scolaires. Au printemps, on crée des activités avec « apprenti-explorateur ». En été, on essaie de mettre en place des animations différentes et nocturnes. En octobre, on fait un évènement pour expliquer le parrainage, car c’est quelque chose que l’on souhaite développer pour bien expliquer notre mission de conservation et de protection des espèces.
En septembre, on a proposé une course pour la biodiversité à l’intérieur du parc ! Cela permettait de faire du sport, de visiter le parc et ses coulisses tout en soutenant les actions du Muséum pour la conservation. C’est important, pour nous, de montrer où le parc s’est investi en apport technique (comme pour les lamantins) ou financier (recherche scientifique). Il y a deux ans, on avait projeté une vidéo réalisée avec notre primatologue, à Madagascar, qui montrait la transplantation de lémuriens d’un endroit à l’autre pour faciliter leur reproduction. Voilà à quoi sert l’argent que vous donnez en parrainant un animal : aux animaux !

© Photo : Vincent Gire. Propos recueillis par Clara Recordier.

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